Un des enjeux du système éducatif est de penser et d’optimiser la gestion de l’hétérogénéité en classe. Cette problématique se base avant tout sur la prise en compte de la diversité des niveaux et des profils des élèves, une réalité omniprésente dans les salles de classe. Cette diversité, qu’elle soit liée aux aptitudes cognitives, aux styles d’apprentissage ou aux antécédents éducatifs, nécessite une approche pédagogique adaptable et inclusive pour assurer le succès de tous les apprenants.

L’importance de la gestion de l’hétérogénéité en classe ne se limite pas seulement à la promotion de l’égalité des chances, mais elle constitue également un facteur déterminant dans la qualité de l’enseignement, de l’apprentissage, le développement global de l’élève et son épanouissement quotidien à l’école. Les enseignants sont confrontés à la tâche complexe de répondre aux besoins variés des élèves tout en maintenant un environnement de travail agréable. 

Les annonces du gouvernement notamment portées par Gabriel Attal au sujet des groupes de niveaux indiquent que l’hétérogénéité en classe est désormais une priorité pour faire évoluer notre système scolaire national. Repenser les pratiques et le système à partir de la diversité des compétences des élèves s’impose comme une piste solide pour améliorer le bien-être à l’école et la rendre plus inclusive. Explorons ensemble l’hétérogénéité en classe et les manières de l’intégrer aux écoles françaises. 

Comment différencier les niveaux des élèves d’une même classe ? 

L’hétérogénéité en classe se caractérise par la prise en compte de la diversité, la recherche en sciences de l’éducation des dernières années s’est accordée pour expliquer ce mélange à partir de plusieurs facteurs sociaux comme le genre, l’origine social, les cadres familiaux et scolaires…etc. 

Mais par où commencer et comment prendre en compte des éléments subjectifs mouvants influencés par un grand nombre de facteurs extérieurs ? 

Compréhension des besoins éducatifs spécifiques

L’une des premières étapes cruciales dans la différenciation des niveaux des élèves réside dans la compréhension approfondie de leurs besoins éducatifs spécifiques. En identifiant  les aptitudes, les lacunes et les manières d’apprendre de chacun. 

Les postulats de Burns énoncés en 1972 dans son ouvrage « Essor des didactiques et des apprentissages scolaires » permettent de comprendre les bases de l’hétérogénéité en classe et fournissent des axes pour que les enseignants puissent établir le constat individuel de chaque élève parmi le groupe : 

 – il n’y a pas deux élèves qui progressent à la même vitesse 

– il n’y a pas deux élèves qui soient prêts à apprendre en même temps

 – il n’y a pas deux élèves qui utilisent les mêmes techniques d’étude 

– il n’y a pas deux élèves qui résolvent les problèmes de la même manière 

– il n’y a pas deux élèves qui possèdent le même répertoire de comportements 

– il n’y a pas deux élèves qui possèdent le même profil d’intérêt 

– il n’y a pas deux élèves qui soient motivés pour atteindre les mêmes buts.

Mise en place de méthodes adaptatives

À partir de ces éléments et des constats, il peut mettre en place des méthodes adaptatives qui pour la plupart sont souvent hybrides et mêlent une diversité d’approches pédagogiques et à l’intégration d’activités plus pratiques ou manuelles pour stimuler certaines formes d’intelligence. Ces méthodes adaptatives doivent fonctionner de manière à ce que tous les élèves puissent se faire écho, ce qui aiderait aussi l’enseignant à superviser globalement malgré les singularités de chacun et à installer une  dynamique de classe collaborative et harmonieuse. 

L’enseignant pour proposer des outils et un accompagnement à partir de 4 groupes : 

  • Les élèves qui nécessitent de l’aide durant une activité, 
  • Les élèves qui terminent avant les autres 
  • Les élèves qui ne réussissent pas l’activité malgré l’aide durant l’activité 
  • Les élèves qui ont  le besoin et la capacité d’aller plus loin

Bien entendu selon les matières et les compétences étudiées des programmes officiels, ces groupes peuvent se confondre et permettre la mise en place de dispositifs de différenciation suivants : 

  • Différenciation des processus d’apprentissage : en partant des programmes officiels, l’enseignant transmet selon les élèves différemment
  • Différenciation des contenus d’apprentissage : à partir des mêmes éléments que le point précédent, l’enseignant choisit d’approfondir ou non les compétences enseignées selon l’élève
  • Différenciation dans l’organisation de l’apprentissage : les élèves selon les profils et les difficultés rencontrées appréhendent les temps scolaires complètement différemment. Il est donc judicieux d’inclure dans ce processus des organisations adaptées aux temps de concentration de chacun.
  • Différenciation des outils et supports utilisés : le support utilisé stimule différemment chaque élève et notamment depuis l’intégration des nouvelles technologies dans le quotidien de tous. 

Pédagogie inclusive : Adapter l’enseignement aux profils variés des élèves 

Le souci de l’inclusivité s’applique à de nombreux domaines et vient faire bouger les lignes dans un grand nombre d’espaces, et notamment dans les salles de classe. Avant toute chose, rappelons l’origine du mot “inclusion” qui vient du latin inclusio et signifie “emprisonnement”. Ainsi la question suivante se pose : Comment sortir de l’emprisonnement pour interagir avec le groupe ? Et plus spécifiquement comment accompagner les élèves hors d’un espace qui les cantonnent à des apprentissages inadaptés à leurs besoins ?  Parmi les pistes à explorer que la recherche a défini et développé, la pédagogie inclusive émerge comme une réponse essentielle à l’hétérogénéité en classe. L’objectif est de créer un environnement de travail diversifié, où les différences sont aussi de nouvelles perspectives d’apprentissage et la force collective participe à l’épanouissement.

Favoriser la participation de tous les élèves

La pédagogie inclusive établit une seule norme : la diversité. Cette approche novatrice, introduite dès les années 1990 par le groupe de chercheurs Anne Meyer, David H. Rose, et David Gordon, qui placent la diversité des élèves au cœur du processus d’enseignement. 

Plusieurs pistes peuvent permettre d’impliquer durablement et constructivement tous les élèves au sein d’une même classe et permettre à tous de percevoir la classe comme un espace bienveillant : 

  • Introduire cette diversité et la rendre notoire auprès de tout le groupe : il est parfois complexe pour les élèves notamment du cycle 3 et 4 d’accepter la différence car parfois ils la découvrent à peine et n’en saisissent pas tous les contours. Il est important de l’expliquer et d’en faire aussi un axe didactique qui a au-delà des couloirs de l’école une portée citoyenne. 
  • Favoriser l’écoute : en poursuivant le point suivant, introduire la diversité comme un concept et une réalité de notre monde auprès des élèves permet de développer et de travailler sur la capacité d’écoute. Très concrètement, on peut parler de la mise en place de groupes, de l’organisation de la communication inter-élèves et enseignant-élève car la parole permet de faire exister. Bien entendu, elle n’est pas toujours évidente à produire, on pensera donc à une boîte anonyme où chacun peut déposer un mot, les papiers peuvent ensuite être lus lors de temps collectifs. 
  • Organiser la collaboration entre pairs : l’objectif de la pédagogie inclusive est aussi le développement collectif, non pas pour transformer le groupe et l’amener vers une seule masse linéaire mais au contraire pour puiser dans toutes ses sources le meilleur. En insistant auprès des élèves sur l’importance de l’écoute et de l’échange mutuelle, on développe un espace harmonieux. 
  • Mise en place d’évaluations différenciées : du côté pédagogique, on peut parler d’évaluations différenciées. Les temps dédiés à l’évaluation sont pour beaucoup d’élèves faisant face à des difficultés un facteur d’angoisse considérable. Il est donc nécessaire de penser ces moments de manière à les adapter aux différences de chacun. Selon les situations, on peut commencer par expliquer l’évaluation et sa portée, comment est-elle constructive et comment intervient-elle comme un support pour s’améliorer et non pour décourager l’élève ? Dans un second temps, elle prend une forme qui s’adapte aux besoins de l’élève, et justement avec une structure qui lui permet de la percevoir désormais comme une piste d’amélioration. 

Défis et opportunités de l’enseignement adaptatif 

L’enseignement adaptatif apporte beaucoup de réponses à la gestion de l’hétérogénéité en classe pourtant il n’est pas toujours évident notamment pour les enseignants qui n’ont pas toujours les outils nécessaires. 

Identifier les obstacles à l’enseignement adaptatif : quelles difficultés pour les enseignants ? 

On peut identifier notamment 3 points qui peuvent complexifier la mise en place des recommandations énoncées plus haut : 

  • Le processus d’individualisation, il n’est pas évident d’arriver à établir pour chaque élève une stratégie qui répondent aux besoins individuels. On peut ainsi poser la question des supports, comment proposer des bases pour permettre aux enseignants de mener ce travail minutieux avec moins de difficulté. 
  • La gestion logistique quotidienne et sur le long terme : intégrer des enseignements adaptés aux besoins implique une modification de l’organisation. Alors comment procéder ? Implémenter d’abord une différenciation ponctuelle puis continue ? Se faire accompagner par un dispositif officiel mis en place par l’Éducation Nationale ? Les pistes sont multiples et sans aucun doute nécessaires à explorer. On peut notamment mentionner la proposition des groupes par niveaux qui s’inscrit dans cette dynamique et peut permettre d’enclencher la mise en place d’un cadre auquel les enseignants peuvent se référer. 
  • La formation des enseignants : en proposant des outils supports et un cadre via des dispositifs généralisés, une question cruciale est soulevée celle de la formation des enseignants. Intégrer des sessions de formation continue semble s’imposer comme une nécessité pour permettre à ces dispositifs qui peuvent avoir un impact positif sur les salles de classe. 

Quels bénéfices sur le long terme ? 

La mise en place de ces dispositifs sur le long terme impactent positivement plusieurs points : 

  • Le bien-être des élèves, qui en devenant une préoccupation centrale à laquelle le système répond concrètement et peut s’améliorer considérablement sur le long terme. 
  • Le sens du collectif est au cœur de plusieurs de ces actions. Il est enseigné aux élèves de manière concrète et devient un pilier de leur formation. 
  • La dimension citoyenne qui devient plus importante, passe par la connaissance de l’autre et le renforcement de l’acceptation de la différence. 

On observe plusieurs opportunités pour tous les acteurs de l’éducation et les élèves : 

  • Se diriger vers une éducation plus adaptée et adaptable : en travaillant sur l’hétérogénéité des classes et la développant, notre système avance de manière à prendre le meilleur de chaque individu et à former les futurs adultes en les dotant des outils nécessaires.
  • Donner une dimension plus positive à l’école souvent perçu comme une source de mal-être chez une partie des élèves. 
  • Permettre le développement de nouvelles compétences qui incluent les enjeux du monde actuel et à venir : utilisation de supports liés aux nouvelles technologies et résorption de la fracture numérique ; développement de l’esprit critique et des capacités d’adaptation. 

Aller plus loin

Décortiquer l’enseignement adaptatif nous amène à reconnaître les défis posés par cette mise en place liés à plusieurs facteurs (temps accordé, supports utilisés, formation des enseignants…) 

Trouver cet équilibre requiert une approche réfléchie et innovante mais nécessaire pour améliorer le bien-être des élèves, notamment ceux en difficulté. De la même manière que les programmes servent de socle commun, la question de l’hétérogénéité des classes doit être soumise à la construction d’un processus qui comporte des outils pour guider les enseignants. Une manière de participer à la refonte de notre modèle éducatif et de lui permettre d’entrer dans une ère qui suit le rythme de la société et évolue avec elle. 

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